L’utilisation de la carte
postale illustrée pré imprimée par le grand magasin parisien "Au Bon Marché" pour
sa correspondance commerciale
Introduction
Ce blog s'inscrit dans une démarche "cartophilatélique", pour utiliser ce terme, ayant pour objet de décrire la façon dont le grand
magasin parisien "Au Bon Marché" a utilisé massivement pour sa
correspondance commerciale des "cartes postales illustrées pré imprimées"
entre 1923 et 1941. Le sujet est vaste et complexe à traiter, les informations
sur cette pratique "commercialo-postale" sont rares ou peu
disponibles, c’est donc en toute modestie que ce sujet sera abordé avec les
éléments que nous possédons et les recherches effectuées sur le net. Bien sûr
des erreurs ou pour le moins des omissions pourraient être relevées sur ce blog.
Nous restons bien entendu preneurs d’informations ou corrections afin de
rectifier à tout moment les affirmations ou les hypothèses avancées sur le
sujet traité. Ce blog ne recèle pas de "scoop", ni de pièces rares, tous
les documents présentés sont, à l’exception de quelques-uns, relativement
faciles à se procurer sur les sites de vente. Il faut le lire plutôt comme un
catalogue inventoriant les cartes postales illustrées pré imprimées et
leur affranchissement que le Bon Marché a adressé à sa clientèle durant cette
période "d’entre les deux guerres".
A : La carte postale illustrée destinées à la correspondance commerciale
1 : Comment se présentaient ces cartes postales illustrées destinées à la correspondance commerciale de ce grand magasin
Illustrées "coté vue" (verso) Texte pré imprimé "au dos" (recto)
Il faut distinguer dans ces correspondances commerciales adressées à leur clientèle par le Bon Marché (B.M.) les cartes postales illustrées pré imprimées (CPI PI) et les cartes postales ordinaires (CPO) sans illustration au verso remplacé par un texte manuscrit et/ou dactylographié alors que sur le recto est indiquée l'adresse du destinataire ainsi que les coordonnées de l'expéditeur. Ces CPO ont été affranchis à des tarifs différents de ceux appliqués au CPI entre juillet 1922 et juillet1925 puis par la suite de façon identique.
2 : Plusieurs facteurs ont dû inciter des établissements comme le Bon Marché à utiliser ces CPI dans leur correspondance commerciale.
Ci-dessus
"une salle des correspondances Au Bon Marché" dans les années 1920. La présence de nombreuses dactylographes
atteste du volume de la correspondance commerciale dans ce grand magasin
parisien (CPI exclusive "Au bon marché" imprimerie HENON Paris
février 1923)
Le second facteur déterminant a pu être
celui du message publicitaire "gratuit" pour la "Maison
Boucicaut" que ces correspondances "ouvertes" pouvaient véhiculer auprès de
sa clientèle.
En plus de cette économie tarifaire permise par les nouveaux tarifs postaux de juillet 1922, cette correspondance "ouverte" sous la forme d’une CPI a certainement permis une forme de publicité "à bon compte" en montrant avec son verso illustré, l’intérieur du magasin, ses rayons, voire le fonctionnement de la structure comme le tri et l’expédition des colis, la rédaction des correspondances ou encore le salon de thé ou le restaurant. Pour d’autres cartes, il s’agit simplement de montrer des monuments, quartiers ou avenues de Paris, voire le château de Versailles sans doute dans l’idée d’inciter la clientèle de province à venir visiter la capitale sans omettre de passer par le Bon Marché pour y effectuer des achats. Stratégie surement "payante".
Un troisième élément pourrait être retenu pour expliquer ce passage de la lettre à la CPI au début des années 20. Il pourrait tout simplement s’agir de la commodité à remplir, affranchir et expédier ce type de correspondance commerciale destinée à informer en quelques mots les acheteurs sur le traitement de leur commande. En effet, pas d’enveloppe à manipuler dans laquelle il fallait glisser en le pliant un document comportant un texte imprimé prérédigé à compléter le plus souvent de façon manuscrite avant de fermer l'enveloppe en collant le rabat et même si l’utilisation de cette dernière restera la norme entre autres pour l’expédition de facture ou d’échantillon. Il est très probable que la manipulation plus simple et plus rapide de ces CPI devait surement faciliter la tâche des employés chargés de ce travail.
B : C’est près de 100 cartes différentes entre 1923 et 194O qui ont été utilisées par le Bon Marché pour cette correspondance commerciale.
La quasi-totalité de ces illustrations "parisiennes et versaillaises" sont en fait des "repiquages" de documents achetés aux éditons LIP (Les Editions Artistiques – LIP série "Paris et ses Merveilles" ou "Versailles") traitées par l’imprimerie Cormault de la Cité Bergère Paris. Ces cartes, dont le BM n’avait pas l’exclusivité contrairement aux cartes commerciales des séries suivantes, étaient comme décrit plus haut tout simplement complétées par un texte imprimé sur la partie réservée à la correspondance, possiblement d'ailleurs par l’imprimeur J. Cormault lui-même.
1 : Illustrations avec les monuments, parcs et rues de Paris (Les Editions Artistiques – LIP série "Paris et ses Merveilles") des cartes postales pré imprimées du Bon Marché
2 : Illustrations avec le château de Versailles, extérieur et intérieur (Les Editions Artistiques – LIP série
Versailles)
Les deux montages ci-dessus, sans être exhaustifs, présentent la plupart des cartes "parisiennes" et "versaillaises" utilisées par le Bon Marché durant cette période de 1923/1925 (meilleure date le 5 avril 23) mais aussi plus tardivement quoique beaucoup plus rarement car remplacées progressivement à partir de 1925 par des séries différentes comme celles montrant les activités du magasin ou rayons de vente ou encore les galeries de création de l’atelier Pomone.
3 : Les cartes pré imprimées du Bon Marché illustrées par "une vue générale des magasins"
Ces cartes sont apparues dès le début des CPI pré imprimées. Elles seront utilisées conjointement dès mai 1923 avec celles illustrées par les rues, monuments et parcs de Paris ainsi que le château de Versailles mais sur une période beaucoup plus longue (dernière date observée : 28 août 1936) cohabitant ainsi avec l’ensemble des séries (Paris, Versailles, activités du magasin, Pomone...). Les différents modèles utilisés sont tirés de dessins ou gravures ou encore plus tardivement de photos du magasin rue de Sèvres et Velpeau, cartes traitées par différents imprimeurs comme J. Cormault, Hénon ou G. Lang.
4 : Les cartes pré imprimées montrant l’organisation du magasin
Ces cartes ont été produites et utilisées dès le début de l’année 1925 et ceci jusqu’à la fin des années 28, voire début 29, traitées exclusivement par l’imprimerie Hénon Paris. Elles sont "animées" par différents secteurs d’activité du magasin comme le service des expéditions, la coupe et le départ des échantillons, la rédaction des correspondances ou encore celle montrant la foule à l’entrée des nouveaux magasins le jour de l’inauguration. Ces cartes ont été produites par le Bon Marché qui en avait l’exclusivité pour leur utilisation/distribution.
5 : Une carte particulière illustrée par le pavillon Pomone de
l’exposition des arts décoratifs de 1925
Cette carte dont la production est attribuée à "Héliogravure Iung Paris" n’est pas une commande du Bon Marché et par conséquent n’en a pas l’exclusivité ; elle a été vendue au public par différents distributeurs et se rencontre donc sans le repiquage commercial du BM, repiquage toujours en lettres brun rouge.
6 : Les cartes de la période 1927 au début des années 40
La
série de la période 1927 aux années 1940 a été produite par le Bon Marché qui
en a donc l’exclusivité pour leur utilisation et/ou leur distribution. Ces
cartes ont toutes été utilisées avec le "repiquage" commercial pré
imprimé mais elles peuvent aussi se rencontrer sans ce dernier, probablement distribuées
gracieusement ou même vendues à sa clientèle directement dans le magasin pour
être utilisées en correspondance privée, voire collectionnées. Comme présenté ici,
ces cartes sont illustrées par des vues de l’intérieur du BM comme le Grand
hall, des manifestations particulières comme le "théâtre des
enfants", la foule à l’ouverture, ou encore le service des banques,
le salon de thé, le restaurant, le salon de coiffure, des réalisations de
l’atelier Pomone.
La
première date d’utilisation de ces cartes (surement améliorable) est d’octobre 1927, elles se rencontrent néanmoins jusqu’en décembre 1941 (dernière date observée : 29/06/41).
7 : Les textes pré imprimés dans la partie correspondance de la
carte postale illustrée
Les textes pré imprimés dans la partie correspondance de la CPI ont fait l’objet de nombreuses modifications tout au long de leur utilisation. Le plus souvent ces textes informaient les acheteurs de l’état d’avancement de leur commande ou en accusaient la réception ou encore notifiaient un retard dans la livraison entre autres pour rupture de stock.
C :
L’affranchissement des cartes postales illustrées pré imprimées par timbre
mobile
L’affranchissement avant expédition de ces correspondances commerciales constituait à lui seul une charge de travail conséquente pour cette entreprise de vente par correspondance. La simple nécessité de s’assurer que la taxe d’affranchissement était la bonne au regard des tarifs postaux de l’époque comme ceux appliqués à la lettre simple ou double ou encore à la CPI, aux envois d'échantillons, voire aux imprimés, réclamait à elle seule une vrai attention de la part du personnel chargé de cette mission. Pour organiser au mieux ce service, le B.M. s’est équipé d’un matériel d’automatisation de l’affranchissement alors disponible dans les années 20 pour ces entreprises de vente traitant une importante correspondance. Il s’agit très probablement de la machine à affranchir de type "Poko" (Portokontroll Kasse Poko) entrainée par un moteur électrique capable de traiter plusieurs milliers de courriers à l’heure ou possiblement une machine portative manœuvrée manuellement mais d’un rendement faible de type "Multipost". Pour plus d’information sur ces machines à affranchir, voir ce blog "incontournable" sur l’utilisation des timbres de roulette en France (1). Bien entendu le collage manuel du timbre sur l’enveloppe après passage sur une éponge humidifiée restera une pratique courante durant toute cette période qui dans ce cas passe plutôt par l’utilisation de timbre de feuille. On ne peut exclure que cette pratique du "timbre collé manuellement sur la carte" devait aussi passer par l’utilisation de "timbre en rouleau". La disposition de la figurine sur la carte disposée avec un biais prononcé alors que les "poko" collaient le timbre le plus souvent perpendiculairement aux bords de la CPI atteste surement de cette pratique, pratique confortée par l'absence de "massicotage" horizontal mais présent verticalement.
1 : Les affranchissements au tarif à 10 cts de la
période : 14 juillet 1922 au 24 mars1924 (Loi du 30-03-1922)
Les
premières cartes postales illustrées pré imprimées ont été affranchies au tarif du 14 juillet 1922 de la carte
postale illustrée sans limitation de
texte par le timbre à 10 centimes vert de la semeuse 159 type 1A, timbre imprimé
à plat et vendu par feuille de 150 figurines (3 clichés de 50 figurines).
Sur cette toute première date d’utilisation par le BM de cette CPI pré imprimée (meilleure date observée : 5 avril 1923), le timbre utilisé est issu d’une roulette très probablement d’origine privée. En effet, les vendeurs de machine à affranchir le courrier proposaient à leur client des rouleaux de timbres confectionnés à partir de feuilles de vente de 150 figurines, dans le cas présent au type 1A. A ce sujet, l’existence de roulettes fabriquées et vendues par la Poste à ce type 1A a été longtemps considérée par les philatélistes comme très peu probable. Cette affirmation est aujourd’hui remise en cause par des découvertes récentes développées dans le blog de "JLR" (1).
Pour ces timbres 10 cts vert (159) aux dents massicotées, souvent rencontrés sur les CPI du BM, il nous parait comme très probable qu’ils proviennent de rouleaux privés. Plusieurs éléments militent pour cette hypothèse comme celui de ne jamais avoir observé de case de galvano de service (GS) de roulette spécifique à ce timbre (voir blog de "JLR"), ou encore de rencontrer régulièrement des "pointures" (raccord par collage de bandes de timbres pour confectionner des rouleaux de figurines). Rappelons que ces "roulettes privées" vendues par les distributeurs de machines à affranchir le courrier de type "Poko" sont issues de feuilles de vente de 150 figurines montées en trois clichés-types de 50 timbres (2 x 25 figurines séparés par un pont inter panneau), clichés eux même séparés par 3 ponts inter galvanos. Par conséquent, l’utilisation de ces feuilles génère lors de la fabrication des bandes verticales un collage (pointure) tous les 5 timbres alors que pour les roulettes fabriquées par la Poste à partir de feuille de150 spécifiques aux roulettes sans pont inter galvano, ce collage n’apparait que tous les 15 timbres et donc logiquement plus rare sur document. Bien entendu la découverte d’une case de GS spécifique aux roulettes de ce 10 cts vert semeuse sur ces CPI du BM infirmerait cette hypothèse. Rappelons que des roulettes "officielles" du 10 cts semeuse rouge de 1907 (138) vendues par la poste dès 1908 mais retirées en 1916 n’étaient donc plus disponibles pour affranchir ces CPI en 1923. Des rouleaux privés de ce timbre 10 cts rouge 138 ont été aussi confectionnés pour leurs clients par des distributeurs de machine à affranchir à partir de feuille de vente de 150 figurines et utilisés par des grands magasins parisiens comme La Samaritaine, mais semble-t-il pas pour le BM.
(1) (1) :https://philatelie-roulette.blogspot.com/search/label/Machine%20%C3%A0%20Affranchir
Paradoxalement le type 1A issu de feuille et utilisé tel quel sans avoir été monté en roulette "privée" semble plus rare sur ces CPI pré imprimées du BM que les timbres provenant de rouleaux privés.
Un autre type de timbre que le 10 cts semeuse vert 1A a été utilisé sur ces cartes par le BM. Il s’agit du 1B (159A), première émission française imprimée par rotative et vendue en feuille de 100 figurines. Pas de roulette "publique" vendue par la Poste ni même "privée" pour ce 1B. Cette dernière a semble-t-il toujours été confectionnées à partir de feuille de 150 au type 1A avec raccord tous les 5 timbres. On peut s’interroger sur la non confection de roulette privée avec ces feuilles de 100 timbres au type 1B présentées en 2 blocs verticaux de 50 figurines sans pont inter galvano puisque cette présentation en aurait facilité la fabrication avec une pointure seulement tous les 10 timbres. La raison : peut-être trop de roulettes "privées" confectionnées avec le type 1A en stock chez les distributeurs de "Poko" mais plus surement la mise en vente du 10 cts Pasteur vert en roulette rotative au type 1 vendue par la Poste en mai 1923 qui aura logiquement stopper la fabrication des roulettes "privées".
Ce timbre au type Pasteur (170), le 10cts vert au type I dans le cas présent issu d'une roulette de la Poste de 1200 figurines. Nous n’avons pas encore rencontré de type 1 de feuille de vente de 100 en affranchissement de ces cartes mais son utilisation reste probable même si le retrait de la vente de ce timbre le 8 avril 24 a laissé peu de temps au BM pour l'utiliser sur ce support même si ce grand magasin pouvait utiliser certains timbres bien après le retrait de la vente par la poste. Comme pour les autres valeurs au type semeuse, nous n'avons pas rencontré ce 10 cts Pasteur présenté en carnet (le type II) mais surement, comme précisé plus haut, pour des raisons de commodité à les utiliser.
Visible sur cette CPI affranchie avec un 10 cts Pasteur, le massicotage sur les quatre côtés du timbre révèle qu’il a été collé sur la carte par une machine à affranchir de type "Poko", machine qui avait le plus souvent la particularité de disposer le timbre perpendiculairement au bord de la carte, en haut à droite et en coupant mécaniquement les dents horizontales. Les timbres collés en biais sont à contrario le plus souvent collés manuellement, voire avec une machine de type "Multipost" manœuvrée par une pression manuelle sur un bouton poussoir (voir blog 1), les dents horizontales sont alors coupées mécaniquement.
L’utilisation de timbre autre que le 10 cts semeuse vert au type 1A se rencontre en fin de période du tarif du 14 juillet 22. Le type 1B du 159 comme le 5 cts semeuse orange ou encore le 10 cts Pasteur couvrent la période de fin décembre à fin mars 24, fin du tarif à 10 cts.
2 : Les affranchissements au tarif à 15cts de la période : 25 mars 1924 au 15 juillet 1925 (Loi du 22-03-1924)
Sur cette période d’affranchissement, deux timbres à 15 cts ont été utilisés seuls : le 15 cts semeuse lignée (130) et le 15 cts Pasteur (171) et trois par multiple ou composé : le 5 cts semeuse orange (158), le 10 cts Pasteur (170) et le 5 cts Blanc (111). Hormis le 5 cts blanc (111) et le 5 cts orange (158) tous les autres timbres ont été utilisés à ce tarif soit en feuille, soit en roulette "officielle" vendue par la Poste. C’est bien entendu le mythique 15 cts semeuse ligné vert au type VI de roulette rotative qui a attiré l’attention des philatélistes qui recherchaient ce timbre longtemps considéré comme rare. C’est en fait le développement de la cartophilie qui, en faisant "sortir des greniers" pour le moins des dizaines de milliers de cartes de "grands magasins parisiens" comme La Samaritaine et bien sûr Le Bon Marché, aura permis de constater que ce timbre de roulette tant recherché jusque dans les années 70 était loin d’être rare sur ces CPI. Le BM l’a surtout utilisé sur ce support entre mars 24 et avril 25 conjointement avec le type IV de feuille, roulette utilisée comme c’est souvent le cas avec ces structures commerciales bien après son retrait de la vente en décembre 24.
L’absence de massicotage horizontal sur la plupart des types IV rencontrés sur ces cartes pourrait indiquer que ces derniers n’ont pas été apposés par une machine à affranchir mais plutôt manuellement, hypothèse confortée par le collage non perpendiculaire par rapport aux bords de la carte (en haut et à droite), perpendicularité que l’on observe le plus souvent avec une machine de type "Poko"… Mais cela reste une hypothèse fragilisée sans doute par la possibilité d’obtenir cet effilochage des dents horizontales par la présence de couteaux émoussés sur la machine à "coller les timbres". La possibilité d’une utilisation de rouleaux débités à la main ou en utilisant juste un dérouleur à timbre reste malgré tout très probable. Etonnant malgré tout que ce grand magasin ait acheté à la Poste des roulettes présentées ainsi pour être utilisées par une "Poko" ou un "Multipost" alors que ces timbres ont été très certainement collés manuellement sur ces CPI. Cette absence de dents horizontales coupées mécaniquement se rencontre d'ailleurs avec plus ou moins de fréquence sur l’ensemble des timbres de roulette utilisés pour affranchir ces CPI du B.M.
Possible double méthode de "collage de timbre" pour ces 15 cts Pasteur
Dans l’idée de conforter l’hypothèse que le B.M. pouvait apposer « à la main » sur sa correspondance des timbres issus de rouleaux sans passer par une machine de type "Poko", ci-dessous ces deux cartes affranchies avec des 15 cts vert Pasteur (171). La carte de gauche montre un timbre aux dents massicotées sur les 4 cotés et par conséquent collé par une "Poko" alors que la carte de droite présente un timbre aux dents horizontales effilochées et donc débité très probablement à la main. Peut-on en déduire que pour ces correspondances complétées par le même rédacteur, plutôt rédactrice si l’on s’en réfère à la CPI du B.M. montrant la salle des correspondances, datées toutes les deux du 2 avril 1925 que ce grand magasin pouvait le même jour utiliser une "Poko" et en même temps affranchir manuellement ces correspondances. En tout cas, ces documents le laisseraient penser ou alors en déduire que le B.M. avait 2 machines à affranchir, l’une avec couteaux affutés et l’autre désaffutés. La première hypothèse de la double méthode, pose mécanique et pose manuelle de timbre sur les CPI, nous semble surement plus plausible. Cette approche pourrait être aussi confortée par la découpe mécanique verticale de ces timbres de roulette collés sur ces cartes qui présente une différence marquée, cela pourrait signifier qu'il s'agit de rouleaux différents, l'un placé dans la "Poko", l'autre débité manuellement ou placé dans un dérouleur de timbres, dans l'hypothèse bien sûr ou la découpe des 1200 timbres de ces roulettes reste identique tout au long du rouleau, pas sûr non plus.
Mais aussi
Quelques affranchissements mixtes se rencontrent de temps à autre sur ces CPI PI. Le BM comme toutes ces structures qui expédiaient chaque jour de nombreux courriers se sont surement organisées pour en simplifier l'affranchissement et ont par conséquent privilégié le "timbre seul sur carte". Cette mixité de deux, voire trois figurines sur ces documents devait probablement être consécutive à une rupture dans l’approvisionnement du timbre correspondant au tarif du document expédié, mais Possiblement aussi, la liquidation de "fond de tiroir".
Carte de droite : affranchissement en multiple x 3 du 4 mai 1925 avec 5 cts blanc type II (111) de feuille de 100 figurines imprimée par rotative
3 : Les affranchissements au tarif à 20 cts de la période : 16
juillet 1925 au 30 avril 1926 (Loi du 13-07-1925)
Le timbre "vedette" sur cette période est sans contexte le 20 cts semeuse brun rouge au type III vendu en feuille de 100 issue de l’impression rotative et bien sûr le type IV de roulette rotative vendue en rouleau de 1200 figurines mais également en feuille de 100 destinée à la confection des roulettes. Ce type IV est sans conteste celui qui a été le plus utilisé par le BM pour affranchir ses CPI pré imprimées.
Affranchissement par le 20 cts semeuse brun rouge de roulette (139 type IV) Les flèches montrent les caractéristiques du type IV en particulier l’absence de point parasite dans le pan de la ceinture (critère C2), la couleur brun rouge soutenue est aussi un bon critère pour identifier ce timbre.
mais aussi
ou encore
Carte de droite : ou encore ces quatre 111 Blanc au type II A issus de feuille rotative de 100 oblitérés le 14 août 25
4 : Les affranchissements au tarif à 30 cts de la période : 1er
Mai 1926 au 8 août 1926 (Loi du 29 avril 1926)
Cette période se caractérise par sa courte durée de tout juste 100 jours, ce qui a eu logiquement pour effet de rendre les affranchissements à ce tarif plus rares sur les CPI PI du BM. Pas observé d’affranchissement mixte, seulement les 2 semeuses bleu (192) au type de roulette (2C) et de feuille au type (2A). Sur l’affranchissement avec la semeuse bleu de roulette ci-dessous, le massicotage horizontal est absent ce qui pourrait attester du collage manuel du timbre sur cette carte. La pose de ce dernier incliné et en biais pourrait conforter l’hypothèse qu’il n’a pas été apposé sur ce document par une machine à affranchir.
5 : Les affranchissements au tarif à 40 cts de la période : 9 août 1926 au 11 juillet 1937 (Loi du 03/08/1926 et suivantes– D. 05/08/1926 et suivants)
Cette période à 40 cts est de toutes les précédentes mais aussi suivantes la plus longue. Elle s’étend sur près de 11 ans, ce qui constitue un record dans la durée des affranchissements sur CPI "d’entre les deux guerres", comme pour d’autres tarifs d’ailleurs (lettre simple, double…) La déflation des années 30 en est bien sûr la cause. Avec un tel temps d’utilisation des figurines à 40 cts, il est normal de retrouver toutes les émissions à cette valeur sur ces documents postaux, en particulier la semeuse brun olive (193) comme la vermillon (194) ou encore la violette (236) ou la outremer (237) mais aussi le 40 cts Paix (281) voire le 40 cts sépia de l’exposition coloniale (271). Quelques affranchissements en multiple comme la semeuse 20 cts lilas rose (190x2) ou encore la semeuse 30 cts bleu et 10 cts vert (159+192) ou composés avec le 30 cts Pasteur (173) associé à la semeuse 10 cts vert (159).
Cet affranchissement par un 193 est très peu courant sur les CPI PI du B.M. Les deux seules utilisations de ces timbres que nous avons rencontrées (bien après son retrait en août 26) ont été annulés le même jour, le 16 avril 27; de là à penser que le B.M. n'a utilisé ce 193 sur ce support que sur une seule journée... si vous trouvez une autre date...
Affranchissement par 40 cts semeuse brun olive (193 type II) le 16 avril 1927, timbre issu de feuille de 100 figurines imprimée par rotative très peu utilisé sur ce support par le B.M. Pas de roulette confectionnée par la Poste pour ce timbre
mais aussi
Ces affranchissements en multiples ou composés peu usuels pour le B.M. qui devait éviter ces doubles collages de timbres facteur "de temps perdu" pour le personnel chargé de cette opération réalisée manuellement sans utilisation de machine à affranchir de type "Poko"
ou encore
Carte de droite : affranchissement par 30 cts semeuse bleu (type IIA) et 10 cts semeuse vert (type III) le 19 novembre 1926, timbres issus de feuille de 100 figurines imprimée par rotative.
Carte de droite : affranchissement par 30 cts vert Pasteur (174 un seul type) et 10 cts semeuse vert (type III), timbres issus de feuille de 100 figurines imprimée par rotative
Carte de gauche : utilisation peu courante d’un timbre "commémoratif " (318 Jean Jaurès) sur une CPI PI du B.M.
Carte de droite : affranchissement du 4 mars 1931 par 40 cts sépia (271) de l’Exposition coloniale ; utilisation assez courante pour ces CPI PI sur la période d’utilisation de ce timbre
6 : Quelques affranchissements particuliers
Cette CPI PI avec ces deux 25 cts semeuse bistre jaune (235 type III B) pour le Luxembourg montre toute l’attention que portait le Bon Marché à affranchir ces correspondances "au bon tarif" ; attention d’autant plus notable pour cette carte à destination du Luxembourg que ce pays bénéficiait alors d’un tarif spécial à 50 cts (Loi du 20 mars 1928), tarif inférieur de 40 cts avec ceux pratiqués avec les autres Etats européens. Il est fort probable que le coût financier des affranchissements de l’ensemble des correspondances adressées par le B.M à sa clientèle devait être des plus conséquents et la possibilité de réduire ce coût ne devait pas être écarté, cet affranchissement en témoigne certainement.
Ou encore cette carte "non affranchie" qui, de par la qualité de son destinataire, bénéficiait sur cette période de la franchise postale accordée aux militaires de l’Armée du Rhin. Il fallait toute l’attention du "chargé d’affranchissement" du B.M. pour repérer la qualité du destinataire sur cette CPI glissée parmi des centaines d’autres cartes ; cette perspicacité du salarié à fait économiser au B.M. 40 cts… "Un sous devait être un sous" dans l’entreprise Boucicaut…
Les affranchissements non conformes aux tarifs en vigueur sont rarement observés sur ce type de correspondance commerciale comme cette carte avec un 15 cts brun violet (189 type I) en place d’un 20 cts semeuse brun (139) ou 20 cts Pasteur convenant au tarif du 12 février 1926 (16-7-25 au 30-04-26) sauf à accorder à cette carte un tarif à 15 cts qui aurait pu correspondre à une CPI comportant un texte de moins de 5 mots, ce que ne permettait pas dans le cas présent et pour plusieurs raisons la réglementation postale du moment. Il s’agit très probablement d’une confusion de couleur avec le 20 cts brun (139), enfin probablement…
D :
L’affranchissement des cartes postales illustrées pré imprimées par Empreintes
de Machine à Affranchir (EMA)
1 : La période EMA de 1931 à 1940
Le
Bon Marché s’est équipé à la toute fin des années 1920 de machines à affranchir
qui remplaçaient les timbres mobiles par une impression en rouge indiquant la
taxe d’affranchissement dans un bloc rectangulaire associé à un matricule, une
numérotation de la correspondance, la date de dépôt du pli avec un bureau de
rattachement (bureau de la rue Dupin Paris 80 où ces correspondances étaient
déposées) mais aussi une flamme muette ondulée ou publicitaire, dans le cas
présent spécifique au B.M. Cette publicité ciblait certains produits ou rayons
ou encore rappelait les périodes de soldes. Ces EMA étaient louées par le B.M. à
la société Havas conventionnée par l’administration des postes (Loi de finance
du 30 juin 1923) ; trois EMA distinctes sont observées sur la période
considérée : la Havas B.0281, la C.1580 et la C.0200 sans rencontrer d’autres empreintes sur les CPI PI du B.M que celles de cette "Havas C.0200 à multiples valeurs de
1930" en précisant que cette dernière a aussi été utilisée pour affranchir
d’autres correspondances, en particulier les lettres simples sur les tarifs à
50 cts, 65 cts, 90 cts.
2 : "Les Havas" du Bon Marché
Mais aussi ces 2 Havas semble-t-il jamais utilisées pour affranchir les CPI PI
3 : Les flammes publicitaires sur CPI
Nous
n’avons pas rencontré d’empreinte EMA avec publicité sur ces CPI PI avant mai 1934, empreintes
qui depuis leur apparition en mars 1931 et jusqu’à cette date de 1934 ne comportaient que les
8 lignes ondulées habituelles. Ces dates restent bien sûr
"améliorables"
Les textes publicitaires attachés à la machine EMA n’apparaissent sur ces cartes qu’à partir de 1934. Ils sont peu variés et se retrouvent à l’identique sur les 4 tarifs de la période considéré soit ceux à 40 cts, 55 cts, 70 cts et 80 cts. Nous avons identifié 8 "pub" différentes qui ne seront étonnement pas modifiées entre 1934 et 1940, soit sur plus de 6 ans d’utilisation.
4 : Les affranchissements par la EMA C.0200 aux différents tarifs de la période 1931/1940
Ci-dessous les cartes affranchies par machine EMA "Type C" aux tarifs 40/55/70/80 cts
5 : Les EMA de remplacement
Des
machines de remplacement sans bureau de rattachement sont régulièrement
observées sur ces CPI PI avec des immatriculations différentes comme la CW.012,
013, 014, 015, 016, 021 et surement d’autres. Doit-on en déduire que cette "Havas C.0200 à multiples valeurs de
1930" était peu fiable ? Pas sûr, il faut nécessairement
corréler ces "pannes" à l’utilisation intensive de cette EMA par le
B.M., pannes qui pouvait aussi correspondre à de simples entretiens
immobilisant cette machine durant quelques jours et par conséquent remplacée par une CW.0...
Sur cette "période EMA" de 1931 à 1941 le B.M. continuait de temps à autre à utiliser des timbres mobiles ou encore à compléter un affranchissement par timbres avec l’empreinte d’une EMA comme le montre les cartes ci-dessous. Cette pratique devait répondre à la nécessité d’utiliser des stocks de timbres ne correspondant plus à un tarif usuel comme pour ce 65 cts Paix (365) utilisé jusqu’en novembre 1938 à l’affranchissement de la lettre simple.
6 : Timbre mobile "annulé" par empreinte EMA
7 : Timbre mobile "toujours de service" lors de la période EMA
Des timbres mobiles sont toujours utilisés sur CPI PI en parallèle de l'EMA C. 0200 principalement au tout début de la "période Havas" en 1931 mais aussi sur des périodes plus tardives comme le montre cette carte de 1939.
Remarques
Les cartes postales illustrées au verso et pré imprimées au recto ne semblent pas avoir été utilisées au-delà de l’année 1941, ou alors en nombre tellement restreint qu’il devient difficile de les retrouver aujourd’hui. C’est vrai que la période d’occupation de juin 1940 à la fin de 1944 avec les restrictions commerciales liées à cette période n’ont pu qu’en ralentir, voire arrêter leur utilisation. On rencontre assez régulièrement sur ce temps d’occupation -et au-delà- des cartes postales sans illustration mais pré imprimées au verso (carte de droite) ou pas (carte de gauche) qui correspondent à la "catégorie postale" des cartes postales ordinaires (CPO) distinctes des CPI mais qui sur cette période étaient affranchies au même tarif que ces dernières.
Des CPO (ou devant être considérées comme telles) peuvent être aussi rencontrées de temps à autre sur la période d'utilisation des CPI PI mais le fait qu'elles ne soient pas illustrées rend difficile la quantification de leur usage par le B.M. car moins conservées par leur destinataire. Nous avons rencontré la carte ci-dessous adressée au Pays Bas affranchie à 30 cts au tarif des CPI sans limitation de texte pour l'étranger (tarif du 1er avril 1921 au 31 mai 1924). Cette correspondance rédigée en néerlandais montre l'obligeance, pour utiliser ce terme, que portait le B.M. à sa clientèle, mais fallait-il encore disposer d'un personnel pratiquant cette langue ! Ce fut le cas ici...
L’utilisation de la carte
postale illustrée par le grand magasin parisien " Au Bon Marché" pour
sa correspondance commerciale
Introduction
A : La carte postale illustrée destinées à la
correspondance commerciale
1 : Comment se présentait ces cartes postales illustrées
destinées à la correspondance commerciales de ce grand magasin
2 : Plusieurs
facteurs ont dû inciter des établissements comme le Bon Marché à utiliser ces
CPI dans leur correspondance commerciale.
B :
C’est près de 100 cartes différentes entre 1923 et 194O qui ont été utilisées
par le Bon Marché pour cette correspondance commerciale.
1 : Illustration
des cartes pré-imprimées par les monuments, parcs et rues de Paris (Les
Editions Artistiques – LIP série "Paris et ses Merveilles")
2 : Illustration
avec le château de Versailles extérieures et intérieures (Les Editions Artistiques – LIP série
Versailles)
3 : Les
cartes pré-imprimées du Bon Marché illustrées par "une vue générale des
magasins"
4 :
5 : Une carte
particulière illustrée par le pavillon Pomone de l’exposition des arts
décoratifs de 1925
6 : Les cartes de
la période 1927 au début des années 40
7 : Les textes
pré imprimés dans la partie correspondance de la carte postale illustrée
C :
L’affranchissement des cartes postales illustrées pré imprimées par timbre
mobile
1 : Les affranchissements au tarif à 10cts de la
période : 14 juillet 1922 au 24 mars1924 (Loi du 30-03-1922)
2 : Les
affranchissements au tarif à 15cts de la période : 25 mars 1924 au 15 juillet
1925 (Loi du 22-03-1924)
2’ : Possible
double méthode de "collage de timbre" pour ces 15 cts Pasteur (171)
3 : Les
affranchissements au tarif à 20 cts de la période : 16 juillet 1925 au 30 avril
1926 (Loi du 13-07-1925)
4 : Les
affranchissements au tarif à 30 cts de la période : 1e Mai 1926 au 8
aout 1926 (Loi du 29 avril 1926)
5 : Les
affranchissements au tarif à 40 cts de la période : 9 aout 1926 au 11 juillet
1937(Loi du 03/08/1926 et suivantes– D. 05/08/1926 et suivants)
6 : Quelques
affranchissements particuliers
D :
La période EMA (Empreintes de Machine à Affranchir) de 1931 à 1940
1 : La
période EMA de 1931 à 1940
2 : Les Havas du
Bon Marché
3 : Les flammes
publicitaires sur CPI
4 : Les
affranchissements par la EMA C.0200 aux différents tarifs de la période
1931/1940
5 : Les EMA
de remplacement
6 : Timbre
mobile "annulé" par empreinte EMA
7 : Timbre
mobile "toujours de service"
Bibliographie
biblio (à compléter)
1) Les Empreintes de machine à affranchir de Laurent Bonnefoy et Luc Guillard.
2) Les
timbres de roulettes : (https://philatelie-roulette.blogspot.com/)
3) Spécialisé
France " Les Roulettes " P. Broutine et al
4) Catalogue
" Mariannes " 84/85 catalogue général
5) Les
Tarifs Postaux Français 1627-1969
6) Catalogue
des timbres de France seuls sur lettre 1849-1960 R. Baillargeat
7) Blog Semeuse 13 : https://semeuse.blogspot.com/
Sites ou blogs visités
1) http://www.semeuses.com/138_recon_type.html
2) https://semeuse.blogspot.com/
3) https://philatelie-roulette.blogspot.com/
4) https://semeuse22.blogspot.com/
5) https://collections.forumgratuit.org/forum
Merci pour votre lecture, n’hésitez surtout pas à faire des remarques sur cette articles… Penbe44 sur le Forum des collectionneurs
pseudo sur ce blog : Poulig52
Prochain article sur le même sujet mais avec la Samaritaine…

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