L’utilisation de la carte
postale illustrée pré imprimée par le grand magasin parisien "Au Bon Marché" pour
sa correspondance commerciale
Introduction
Ce blog s'inscrit dans une démarche "cartophilatélique", pour utiliser ce terme, ayant pour objet de décrire la façon dont le grand
magasin parisien "Au Bon Marché" a utilisé massivement pour sa
correspondance commerciale des "cartes postales illustrées pré imprimées"
entre 1923 et 1941. Le sujet est vaste et complexe à traiter, les informations
sur cette pratique "commercialo-postale" sont rares ou peu
disponibles, c’est donc en toute modestie que ce sujet sera abordé avec les
éléments que nous possédons et les recherches effectuées sur le net. Bien sûr
des erreurs ou pour le moins des omissions pourraient être relevées sur ce blog.
Nous restons bien entendu preneurs d’informations ou corrections afin de
rectifier à tout moment les affirmations ou les hypothèses avancées sur le
sujet traité. Ce blog ne recèle pas de "scoop", ni de pièces rares, tous
les documents présentés sont, à l’exception de quelques-uns, relativement
faciles à se procurer sur les sites de vente. Il faut le lire plutôt comme un
catalogue inventoriant les cartes postales illustrées pré imprimées et
leur affranchissement que le Bon Marché a adressé à sa clientèle durant cette
période "d’entre les deux guerres".
A : La carte postale illustrée destinées à la correspondance commerciale
1 : Comment se présentaient ces cartes postales illustrées destinées à la correspondance commerciale de ce grand magasin
Illustrées "coté vue" (recto) Texte pré imprimé "au dos" (verso)
Il faut distinguer dans ces correspondances commerciales adressées à leur clientèle par le Bon Marché (B.M.) les cartes postales illustrées pré imprimées (CPI PI) et les cartes postales ordinaires (CPO) sans illustration au recto avec au verso un texte manuscrit ou dactylographié. Ces envois ont été affranchis à des tarifs différents entre 1922 et 1924.
2 : Plusieurs facteurs ont dû inciter des établissements comme le Bon Marché à utiliser ces CPI dans leur correspondance commerciale.
Ci-dessus
"une salle des correspondances Au Bon Marché" dans les années 1920. La présence de nombreuses dactylographes
atteste du volume de la correspondance commerciale dans ce grand magasin
parisien (CPI exclusive "Au bon marché" imprimerie HENON Paris
février 1923)
Le second facteur déterminant a pu être
celui du message publicitaire "gratuit" pour la "Maison
Boucicaut" que ces correspondances "ouvertes" pouvaient véhiculer auprès de
sa clientèle.
En plus de cette économie tarifaire permise par les nouveaux tarifs postaux de juillet 1922, cette correspondance "ouverte" sous la forme d’une CPI a certainement permis une forme de publicité "à bon compte" en montrant avec son recto illustré, l’intérieur du magasin, ses rayons, voire le fonctionnement de la structure comme le tri et l’expédition des colis, la rédaction des correspondances ou encore le salon de thé ou le restaurant. Pour d’autres cartes, il s’agit simplement de montrer des monuments, quartiers ou avenues de Paris, voire le château de Versailles sans doute dans l’idée d’inciter la clientèle de province à venir visiter la capitale sans omettre de passer par le Bon Marché pour y effectuer des achats.
Un troisième élément pourrait être retenu pour expliquer ce passage de la lettre à la CPI au début des années 20. Il pourrait tout simplement s’agir de la commodité à remplir, affranchir et expédier ce type de correspondance commerciale destinée à informer en quelques mots les acheteurs sur le traitement de leur commande. En effet, pas d’enveloppe à manipuler dans laquelle il fallait glisser en le pliant un document comportant un texte imprimé prérédigé à compléter le plus souvent de façon manuscrite avant de fermer l'enveloppe en collant le rabat et même si l’utilisation de cette dernière restera la norme entre autres pour l’expédition de facture ou d’échantillon. Il est très probable que la manipulation plus simple et plus rapide de ces CPI devait surement faciliter la tâche des employés chargés de ce travail.
B : C’est près de 100 cartes différentes entre 1923 et 194O qui ont été utilisées par le Bon Marché pour cette correspondance commerciale.
La quasi-totalité de ces illustrations "parisiennes et versaillaises" sont en fait des "repiquages" de documents achetés aux éditons LIP (Les Editions Artistiques – LIP série "Paris et ses Merveilles" ou "Versailles") traitées par l’imprimerie Cormault de la Cité Bergère Paris. Ces cartes, dont le BM n’avait pas l’exclusivité contrairement aux cartes commerciales des séries suivantes, étaient comme décrit plus haut tout simplement complétées par un texte imprimé sur la partie réservée à la correspondance, possiblement d'ailleurs par l’imprimeur J. Cormault.
Illustrations des cartes pré imprimées par les monuments, parcs et rues de Paris (Les Editions Artistiques – LIP série "Paris et ses Merveilles")
Illustrations avec le château de Versailles, extérieur et intérieur (Les Editions Artistiques – LIP série
Versailles)
Les deux montages ci-dessus, sans être exhaustifs, présentent la plupart des cartes "parisiennes" et "versaillaises" utilisées par le Bon Marché durant cette période de 1923/1925 (meilleure date le 5 avril 23) mais aussi plus tardivement quoique beaucoup plus rarement car remplacées progressivement à partir de 1925 par des séries différentes comme celles montrant les activités du magasin ou rayons de vente ou encore les galeries de création de l’atelier Pomone.
Les cartes pré imprimées du Bon Marché illustrées par "une vue générale des magasins"
Ces cartes sont apparues dès le début des CPI pré imprimées. Elles seront utilisées conjointement dès mai 1923 avec celles illustrées par les rues, monuments et parcs de Paris ainsi que le château de Versailles mais sur une période beaucoup plus longue (dernière date observée : 28 août 1936) cohabitant ainsi avec l’ensemble des séries (Paris, Versailles, activités du magasin, Pomone...). Les différents modèles utilisés sont tirés de dessins ou gravures ou encore plus tardivement de photos du magasin rue de Sèvres et Velpeau, cartes traitées par différents imprimeurs comme J. Cormault, Hénon ou G. Lang.
Les cartes pré imprimées montrant l’organisation du magasin
Ces cartes ont été produites et utilisées dès le début de l’année 1925 et ceci jusqu’à la fin des années 28, voire début 29, traitées exclusivement par l’imprimerie Hénon Paris. Elles sont "animées" par différents secteurs d’activité du magasin comme le service des expéditions, la coupe et le départ des échantillons, la rédaction des correspondances ou encore celle montrant la foule à l’entrée des nouveaux magasins le jour de l’inauguration. Ces cartes ont été produites par le Bon Marché qui en avait l’exclusivité pour leur utilisation/distribution.
Une carte particulière illustrée par le pavillon Pomone de
l’exposition des arts décoratifs de 1925
Cette carte dont la production est attribuée à "Héliogravure Iung Paris" n’est pas une commande du Bon Marché et par conséquent n’en a pas l’exclusivité ; Elle a été vendue au public par différents distributeurs et se rencontre donc sans le repiquage commercial du BM, repiquage toujours en lettres brun rouge.
Les cartes de la période 1927 au début des années 40
La
série de la période 1927 aux années 1940 a été produite par le Bon Marché qui
en a donc l’exclusivité pour leur utilisation et/ou leur distribution. Ces
cartes ont toutes été utilisées avec le "repiquage" commercial pré
imprimé mais elles peuvent aussi se rencontrer sans ce dernier, probablement distribuées
gracieusement ou même vendues à sa clientèle directement dans le magasin pour
être utilisées en correspondance privée, voire collectionnées. Comme présenté ici,
ces cartes sont illustrées par des vues de l’intérieur du BM comme le Grand
hall, des manifestations particulières comme le "théâtre des
enfants", la foule à l’ouverture, ou encore le service des banques,
le salon de thé, le restaurant, le salon de coiffure, des réalisations de
l’atelier Pomone.
La
première date d’utilisation de ces cartes (surement améliorable) est d’octobre 1927, elles se rencontrent néanmoins jusqu’en décembre 1941 (dernière date observée : 29/06/41).
Les textes pré imprimés dans la partie correspondance de la
carte postale illustrée
Les textes pré imprimés dans la partie correspondance de la CPI ont fait l’objet de nombreuses modifications tout au long de leur utilisation. Le plus souvent ces textes informaient les acheteurs de l’état d’avancement de leur commande ou en accusaient la réception ou encore notifiaient un retard dans la livraison entre autres pour rupture de stock.
C :
L’affranchissement des cartes postales illustrées pré imprimées par timbre
mobile
L’affranchissement avant expédition de ces correspondances commerciales constituait à lui seul une charge de travail conséquente pour cette entreprise de vente par correspondance. La simple nécessité de s’assurer que la taxe d’affranchissement était la bonne au regard des tarifs postaux de l’époque comme ceux appliqués à la lettre simple ou double ou encore à la CPI, aux envois d'échantillons, voire aux imprimés, réclamait à elle seule une vrai attention de la part du personnel chargé de cette mission. Pour organiser au mieux ce service, le BM s’est équipé d’un matériel d’automatisation de l’affranchissement alors disponible dans les années 20 pour ces entreprises de vente traitant une importante correspondance. Il s’agit très probablement de la machine à affranchir de type "Poko" (Portokontroll Kasse Poko) entrainée par un moteur électrique capable de traiter plusieurs milliers de courriers à l’heure ou possiblement une machine portative manœuvrée manuellement mais d’un rendement faible de type "Multipost". Pour plus d’information sur ces machines à affranchir, voir ce blog "incontournable" sur l’utilisation des timbres de roulette en France (1). Bien entendu le collage manuel du timbre sur l’enveloppe après passage sur une éponge humidifiée restera une pratique courante durant toute cette période qui dans ce cas passe plutôt par l’utilisation de timbre de feuille. On ne peut exclure que cette pratique du "timbre collé manuellement sur la carte" devait aussi passer par l’utilisation de "timbre en rouleau". La disposition de la figurine sur la carte disposée avec un biais prononcé alors que les "poko" collaient le timbre le plus souvent perpendiculairement aux bords de la CPI atteste surement de cette pratique, pratique confortée par l'absence de "massicotage" horizontal mais présent verticalement.
1 : Les affranchissements au tarif à 10 cts de la
période : 14 juillet 1922 au 24 mars1924 (Loi du 30-03-1922)
Les
premières cartes postales illustrées pré imprimées ont été affranchies au tarif du 14 juillet 1922 de la carte
postale illustrée sans limitation de
texte par le timbre à 10 centimes vert de la semeuse 159 type 1A, timbre imprimé
à plat et vendu par feuille de 150 figurines (3 panneaux de 50 figurines).
Sur cette toute première date d’utilisation par le BM de cette CPI pré imprimée (meilleure date observée : 5 avril 1923), le timbre utilisé est issu d’une roulette très probablement d’origine privée. En effet, les vendeurs de machine à affranchir le courrier proposaient à leur client des rouleaux de timbres confectionnés à partir de feuilles de vente de 150 figurines, dans le cas présent au type 1A. A ce sujet, l’existence de roulettes fabriquées et vendues par la Poste à ce type 1A a été longtemps considérée par les philatélistes comme très peu probable. Cette affirmation est aujourd’hui remise en cause par des découvertes récentes développées dans ce blog (1).
Pour les timbres de roulette aux dents massicotées souvent rencontrés sur les CPI du BM, il nous parait comme plus que probable qu’il s’agit là de rouleaux privés. Plusieurs éléments militent pour cette hypothèse comme celui de ne jamais avoir observé de case de galvano de service (GS) de roulette spécifique à ce timbre : voir ce blog (1), ou encore de rencontrer régulièrement des pointures (raccord par collage de bandes de timbres pour confectionner des rouleaux de figurines). Rappelons que ces "roulette privés" vendus par les distributeurs de machines à affranchir le courrier de type "Poko" sont issues de feuilles de vente de 150 figurines montées en trois panneaux de 50 figurines. Par conséquent, l’utilisation de ces feuilles de timbres avec inter panneaux de 3 fois 50 génère lors de la fabrication des bandes verticales un collage (pointure) tous les 5 timbres alors que pour les roulettes fabriquées par la Poste à partir de feuille de150 spécifiques aux roulettes sans inter panneau, ce collage n’apparait que tous les 15 timbres et donc beaucoup plus rare sur document. Bien entendu la découverte d’une case de GS spécifique aux roulettes de ce 10 cts vert semeuse sur ces CPI du BM infirmerait cette hypothèse. Rappelons que des roulettes "officielles" du 10 cts semeuse rouge de 1907 (138) vendues par la poste dès 1908 mais retirées en 1916 n’étaient donc plus disponibles pour affranchir ces CPI en 1923. Des rouleaux privés de ce timbre 10 cts rouge ont été aussi confectionnés pour leurs clients par des distributeurs de machine à affranchir à partir de feuille de vente de 150 figurines et utilisés par des grands magasins parisiens comme La Samaritaine, mais semble-t-il pas pour le BM.
(1) (1) :https://philatelie-roulette.blogspot.com/search/label/Machine%20%C3%A0%20Affranchir
Paradoxalement le type 1A
issu de feuille et utilisé tel quel sans avoir été monté en roulette
privée semble plus rare sur ces CPI pré imprimées du BM que les timbres provenant
de rouleaux privés.
Un autre type de timbre que le 10 cts semeuse vert 1A a été utilisé sur ces cartes par le BM. Il s’agit du 1B (159A), première émission française imprimée par rotative et vendue en feuille de 100 figurines. Pas de roulette "publique" vendue par la Poste ou même privée pour ce 1B, elle a semble-t-il toujours été confectionnées à partir de feuille de 150 au type 1A avec raccord tous les 5 timbres. On peut s’interroger sur la non confection de roulette privée avec ces feuilles de 100 timbres au type 1B présentées en 2 panneaux verticaux de 50 figurines puisque cette présentation en aurait facilité la fabrication avec une pointure seulement tous les 10 timbres. La raison : peut-être trop de roulettes privées confectionnées avec le type 1A en stock chez les distributeurs de "Poko" mais plus surement la mise en vente du 10 cts Pasteur vert en roulette rotative au type 1 vendu par la Poste en mai 1923 qui aura logiquement stopper la fabrication des roulettes privées.
Carte affranchie pour deux 5 cts semeuse orange au type 1A issus de feuille de 150 figurines imprimées à plat
Ce timbre au type Pasteur (170), le 10cts vert au type 1A dans le cas présent issu d'une roulette de la Poste de 1200 figurines. Nous n’avons pas encore rencontré de type 1A de feuille de vente de 100 en affranchissement de ces cartes mais son utilisation reste probable même si le retrait de la vente de ce timbre le 8 avril 24 a laissé peu de temps au BM pour l'utiliser sur ce support mais c'est vrai aussi que ce grand magasin pouvait utiliser certains timbres bien après le retrait de la vente par la poste.
Visible sur cette CPI affranchie avec un 10 cts Pasteur, le massicotage sur les quatre côtés du timbre révèle qu’il a été collé sur la carte par une machine à affranchir de type "Poko", machine qui avait le plus souvent la particularité de disposer le timbre perpendiculairement au bord de la carte, en haut à droite et en coupant mécaniquement les dents horizontales. Les timbres collés en biais sont à contrario le plus souvent collés manuellement, voire avec une machine de type "Multipost" manœuvrée par une pression manuelle sur un bouton poussoir (voir blog 1).
L’utilisation de timbre autre que le 10 cts semeuse vert au type 1A se rencontre en fin de période du tarif du 14 juillet 22. Le type 1B du 159 comme le 5 cts semeuse orange ou encore le 10 cts Pasteur couvrent la période de fin décembre à fin mars 24, fin du tarif à 10 cts.
Les affranchissements au tarif à 15cts de la période : 25 mars 1924 au 15 juillet 1925 (Loi du 22-03-1924)
Sur cette période d’affranchissement, deux timbres à 15 cts ont été utilisés seuls : le 15 cts semeuse lignée (130) et le 15 cts Pasteur (171) et trois par multiple ou composé : le 5 cts semeuse orange (158), le 10 cts Pasteur (170) et le 5 cts Blanc (111). Hormis le 5 cts blanc (111) et le 5 cts orange (158) tous les autres timbres ont été utilisés à ce tarif soit en feuille, soit en roulette vendue par la Poste. C’est bien entendu le mythique 15 cts semeuse ligné vert au type VI de roulette rotative qui a attiré l’attention des philatélistes qui recherchaient ce timbre longtemps considéré comme rare. C’est en fait le développement de la cartophilie qui, faisant "sortir des greniers" pour le moins des dizaines de milliers de cartes de "grands magasins parisiens" comme La Samaritaine et bien sûr Le Bon Marché, aura permis de constater que ce timbre de roulette tant recherché jusque dans les années 70 était loin d’être rare sur ces CPI. Le BM l’a surtout utilisé sur ce support entre mars 24 et avril 25 conjointement avec le type IV de feuille, roulette utilisée comme c’est souvent le cas avec ces structures commerciales bien après son retrait de la vente en décembre 24.
en rouleau de 600 et 1200 timbres
Carte
affranchie avec le 15 cts semeuse lignée au type IV de feuille de 150 figurines imprimée à plat, les flèches rouges montrent les caractéristiques de ce type IV, ce
timbre de feuille semble avoir été utilisé avant celui de roulette avec par la
suite une co-utilisation.
L’absence de massicotage horizontal sur la plupart des types IV rencontrés sur ces cartes pourrait indiquer que ces derniers n’ont pas été apposés par une machine à affranchir mais plutôt manuellement, hypothèse confortée par le collage non perpendiculaire par rapport aux bords de la carte (en haut et à droite), perpendicularité que l’on observe le plus souvent avec une machine de type "Poko"… Mais cela reste une hypothèse fragilisée sans doute par la possibilité d’obtenir cet effilochage des dents horizontales par l'utilisation de couteaux émoussés sur la machine à "coller les timbres". La possibilité d’une utilisation de rouleaux débités à la main ou en utilisant juste un dérouleur à timbre reste surement très probable. Etonnant malgré tout que ce grand magasin ait acheté à la Poste des roulettes présentées ainsi pour être utilisées par une "Poko" ou un "Multipost" alors que ces timbres ont été très certainement collés manuellement sur ces CPI. Cette absence de dents horizontales coupées mécaniquement se rencontre d'ailleurs avec plus ou moins de fréquence sur l’ensemble des timbres de roulette utilisés pour affranchir ces CPI du B.M.
Sur
ces 15 cts semeuses lignées type 6 affranchissant des CPI pré imprimées en notre
possession, 9 timbres sur 10 ne présentent pas de massicotage horizontal
Carte
affranchie par un 15 cts Pasteur vert (un seul type) avec massicotage vertical et
horizontal qui attestent qu’il s’agit d’un timbre issu de roulette, timbre très
certainement apposé sur la carte par une machine à affranchir de type
"Poko".
Carte
affranchie par 15 cts Pasteur vert (un seul type), l'absence de massicotage
vertical et horizontal attestant qu’il s’agit d’un timbre issu de feuilles de
100 figurines imprimées par rotative, timbre très certainement collé sur la carte
manuellement.
Quelques affranchissements mixtes se rencontrent de temps à autre, le BM comme toutes ces structures qui devaient expédier chaque jour de nombreux courriers se sont surement organisées pour en simplifier l’activité et ont par conséquent opté pour un affranchissement en timbre seul. Cette "mixité" de deux, voire de trois figurines sur ces documents devait probablement être consécutive à une rupture dans l’approvisionnement du timbre correspondant au tarif du document expédié.
Carte de droite : affranchissement en multiple x 3 du 4 mai 1925 avec 5 cts blanc type II (111) de feuille de 100 figurines imprimée par rotative
Les affranchissements au tarif à 20 cts de la période : 16
juillet 1925 au 30 avril 1926 (Loi du 13-07-1925)
Le timbre vedette sur cette période est sans contexte le 20 cts semeuse brun rouge au type III vendu en feuille de 100 issue de l’impression rotative et bien sûr le type IV de roulette rotative vendue en rouleau de 1200 figurines mais également en feuille de 100 destinée à la confection des roulettes. Ce type IV est sans conteste celui qui a été le plus utilisé par le BM pour affranchir ses CPI pré imprimées.
Affranchissement par le 20 cts semeuse brun rouge de roulette (139 type IV) Les flèches montrent les caractéristiques du type IV en particulier l’absence de point parasite dans le pan de la ceinture (critère C2)
Affranchissement par le 20 cts semeuse brun rouge (139 type III) issu de feuille de vente de 100 impression par rotative, les flèches montrent les caractéristiques du type III en particulier "la présence du point parasite dans le pan de la ceinture" (critère C2)
mais aussi
ou encore
Carte de gauche : plus rarement, cet affranchissement en multiple avec le 10 cts vert Pasteur au type I, utilisation tardive pour ce timbre retiré de la vente en avril 24, soit deux ans plus tôt. Etonnant que ce grand magasin parisien ait pu les conserver aussi longtemps après le retrait de la vente par la Poste alors que leur consommation de timbres devait être phénoménale.
Carte de droite : ou encore ces quatre 111 Blanc au type II A issus de feuille rotative de 100 oblitérés le 14 août 25
Les affranchissements au tarif à 30 cts de la période : 1er
Mai 1926 au 8 août 1926 (Loi du 29 avril 1926)
Cette période se caractérise par sa courte durée de tout juste 100 jours, ce qui a eu logiquement pour effet de rendre les affranchissements à ce tarif plus rares sur les CPI PI du BM. Pas observé d’affranchissement mixte, seulement les 2 semeuses bleu (192) au type de roulette (2C) et de feuille typa (2A). Sur l’affranchissement avec la semeuse bleu de roulette ci-dessous, le massicotage horizontal est absent ce qui pourrait attester du collage manuel du timbre sur cette carte. La pose de ce dernier incliné et en biais conforte l’hypothèse qu’il n’a pas été apposé sur ce document par une machine à affranchir.
Affranchissement par le 30 cts semeuse bleu (192 type IIC) du 2/07/26 issu de roulette imprimé par rotative, les flèches montrent les caractéristiques du type IIC en particulier "l’absence de la deuxième hachure dans le pied avant" et dents verticales massicotées
Les affranchissements au tarif à 40 cts de la période : 9 août 1926 au 11 juillet 1937 (Loi du 03/08/1926 et suivantes– D. 05/08/1926 et suivants)
Cette période à 40 cts est de toutes les précédentes et suivantes la plus longue. Elle s’étend sur près de 11 ans, ce qui constitue un record dans la durée des affranchissements sur CPI "d’entre les deux guerres", comme pour d’autres tarifs d’ailleurs (lettre simple, double…) La déflation des années 30 en est bien sûr la cause. Avec un tel temps d’utilisation des figurines à 40 cts, il est normal de retrouver toutes les émissions à cette valeur sur ces documents postaux du B.M., en particulier la semeuse brun olive (193) comme la vermillon (194) ou encore la violette (236) ou la outremer (237) mais aussi le 40 cts Paix (281) voire le 40 cts sépia de l’exposition coloniale (271). Quelques affranchissements en multiple comme la semeuse 20 cts lilas rose (190x2) ou encore la semeuse 30 cts bleu et 10 cts vert (159+192) ou composés avec le 30 cts Pasteur (173) associé à la semeuse 10 cts vert (159).
Affranchissement par le 40 cts semeuse vermillon (194 type II "la hampe du 4 est droite et le C de cent. dépasse la boucle supérieure") le 15/12/1927, timbre issu d’une roulette imprimée par rotative (dents verticales massicotées mais là aussi pas horizontalement...)
Affranchissement
par 40 cts semeuse vermillon (194 type II, au même type que le timbre de
roulette) le 26 janvier 1927, timbre issu de feuille de 100
figurines imprimée par rotative
Affranchissement par 40 cts semeuse violet (236 type II, au même type que le timbre de roulette) le 6 avril 1928, timbre issu de feuille de 100 figurines imprimée par rotative
Affranchissement par 40 cts semeuse outremer (237 type II) le 18 septembre1929, timbre issu de feuille de 100 figurines imprimée par rotative ; pas de roulette observée sur les CPI PI du B.M.
Cet
affranchissement par un 193 est très peu courant sur les CPI PI du B.M. Les
deux seules utilisations de ces timbres que nous avons rencontrées (bien après son
retrait en août 26) ont été annulés le même jour, de là à penser que le B.M. ne
l'a utilisé sur ce support que sur une seule journée... si vous trouvez une
autre date..
Affranchissement par 40 cts semeuse brun olive (193 type II) le 16 avril 1927, timbre issu de feuille de 100 figurines imprimée par rotative très peu utilisé sur ce support par le B.M. Pas de roulette confectionnée par la Poste pour ce timbre
mais aussi
Ces affranchissements en multiples ou composés peu usuels pour le B.M. qui devait éviter ces doubles collages de timbres facteur "de temps perdu" pour le personnel chargé de cette opération la plus souvent réalisée manuellement sans utilisation de machine à affranchir de type "Poko"
Cet affranchissement par une paire verticale du 20 cts Pasteur (172) annulée le 20 sept 2026 est peu courant sur ces CPI PI du B.M. qui de par sa "durée de vie" (émis le 22/01/26 , retrait le ../08/26) en a logiquement réduit l'emploi
ou encore
Carte de gauche : affranchissement par 20 cts semeuse lilas x 2 (190 type III) le 1er février 1926, timbre issu de feuille de 100 figurines imprimée par rotative assez peu utilisé sur ce support par le B.M.
Carte de droite : affranchissement par 30 cts semeuse bleu (type IIA) et 10 cts semeuse vert (type III) le 19 novembre 1926, timbres issus de feuille de 100 figurines imprimée par rotative.
Carte de gauche : affranchissement par 25 cts semeuse brun jaune (235 type IIIB) et 5 cts x 3 semeuses roses (type III) issus de feuille de 100 figurines imprimée par rotative.
Carte de droite : affranchissement par 30 cts vert Pasteur (174 un seul type) et 10 cts semeuse vert (type III), timbres issus de feuille de 100 figurines imprimée par rotative
Carte de gauche : utilisation peu courante d’un timbre "commémoratif " (318 Jean Jaurès) sur une CPI PI du B.M.
Carte de droite : affranchissement du 4 mars 1931 par 40 cts sépia (271) de l’Exposition coloniale ; utilisation assez courante pour ces CPI PI sur la période d’utilisation de ce timbre
Quelques affranchissements particuliers
Cette CPI PI avec ces deux 25 cts semeuse bistre jaune (235 type III B) pour le Luxembourg montre toute l’attention que portait le Bon Marché à affranchir ces correspondances "au bon tarif" ; attention d’autant plus notable pour cette carte à destination du Luxembourg qui bénéficiait alors d’un tarif spécial à 50 cts (Loi du 20 mars 1928), tarif inférieur de 40 cts avec ceux pratiqués avec les autres pays européens. Il est fort probable que le coût financier des affranchissements de l’ensemble des correspondances adressées par le B.M à sa clientèle devait être des plus conséquents et la possibilité de réduire ce coût ne devait pas être écarté, cet affranchissement en témoigne certainement.
Affranchissement par deux 25 cts semeuse bistre jaune pour le Luxembourg bénéficiant alors d’un tarif spécial à 50 cts (Relation avec le Luxembourg- L. du 20 mars 1928)
Ou encore cette carte "non affranchie" qui, de par la qualité de son destinataire, bénéficiait sur cette période de la franchise postale accordée aux militaires de l’Armée du Rhin. Il fallait toute l’attention du "chargé d’affranchissement" du B.M. pour repérer la qualité du destinataire sur cette CPI glissée parmi des centaines d’autres cartes ; cette perspicacité du salarié à fait économiser au B.M. 40 cts… Un sous devait être un sous dans l’entreprise Boucicaut…
CPI bénéficiant de la franchise postale accordée aux militaires de l’Armée du Rhin en poste en Allemagne en 1929
Les affranchissements non conformes aux tarifs en vigueur sont rarement observés sur ce type de correspondance commerciale comme cette carte avec un 15 cts brun violet (189 type I) en place d’un 20 cts semeuse brun (139) ou 20 cts Pasteur convenant au tarif du 12 février 1926 (16-7-25 au 30-04-26) sauf à accorder à cette carte un tarif à 15 cts qui aurait pu correspondre à une CPI comportant un texte de moins de 5 mots, ce que ne permettait pas dans le cas présent et pour plusieurs raisons la réglementation du moment. Il s’agit très probablement d’une confusion de couleur avec le 20 cts brun (139), enfin probablement…
Affranchissement à 15
cts insuffisant pour cette CPI, l’explication la plus plausible serait une confusion
avec le 20 cts semeuse brun (139)
D :
L’affranchissement des cartes postales illustrées pré imprimées par Empreintes
de Machine à Affranchir (EMA)
1 : La période EMA de 1931 à 1940
Le
Bon Marché s’est équipé à la toute fin des années 1920 de machines à affranchir
qui remplaçaient les timbres mobiles par une impression en rouge indiquant la
taxe d’affranchissement dans un bloc rectangulaire associé à un matricule, une
numérotation de la correspondance, la date de dépôt du pli avec un bureau de
rattachement (bureau de la rue Dupin Paris 80 où ces correspondances étaient
déposées) mais aussi une flamme muette ondulée ou publicitaire, dans le cas
présent spécifique au B.M. Cette publicité ciblait certains produits ou rayons
ou encore rappelait les périodes de soldes. Ces EMA étaient louées par le B.M. à
la société Havas conventionnée par l’administration des postes (Loi de finance
du 30 juin 1923) ; trois EMA distinctes sont observées sur la période
considérée : la Havas B.0281, la C.1580 et la C.0200 sans rencontrer d’autres empreintes sur les CPI PI du B.M que celles de cette "Havas C.0200 à multiples valeurs de
1930" en précisant que cette dernière a aussi été utilisée pour affranchir
d’autres correspondances, en particulier les lettres simples sur les tarifs à
50 cts, 65 cts, 90 cts.
2 : "Les Havas" du Bon Marché
Cette CPI PI, affranchie par une machine EMA Havas immatriculée C. 0200 à multiples valeurs, expédiée
le 6 mars 1931 est la date la plus précoce sur CPI en notre possession, date
surement améliorable
Mais aussi ces 2 Havas semble-t-il jamais utilisées pour affranchir les CPI PI
3 : Les flammes publicitaires sur CPI
Nous
n’avons pas rencontré d’empreinte EMA avec publicité sur ces CPI PI avant mai 1934, empreintes
qui depuis leur apparition en mars 1931 et jusqu’à cette date de 1934 ne comportaient que les
8 lignes ondulées habituelles. Ces dates restent bien sûr
"améliorables"
Les textes publicitaires attachés à la machine EMA n’apparaissent sur ces cartes qu’à partir de 1934. Ils sont peu variés et se retrouvent à l’identique sur les 4 tarifs de la période considéré soit ceux à 40 cts, 55 cts, 70 cts et 80 cts. Nous avons identifié 8 "pub" différentes qui ne seront étonnement pas modifiées entre 1934 et 1940, soit sur plus de 6 ans d’utilisation.
Ensemble des textes publicitaires rencontrés sur les cartes postales illustrées pré imprimées du Bon Marché entre mai 1934 et 1941, textes inchangés sur les 4 tarifs appliqués aux CPI sur cette période soit : 40 cts, 55 cts, 70 cts et 80 cts (ci-dessus les textes appliqués au tarif à 40 cts)
4 : Les affranchissements par la EMA C.0200 aux différents tarifs de la période 1931/1940
Ci-dessous les cartes affranchies par machine EMA "Type C" aux tarifs 40/55/70/80 cts
5 : Les EMA de remplacement
Des
machines de remplacement sans bureau de rattachement sont régulièrement
observées sur ces CPI PI avec des immatriculations différentes comme la CW.012,
013, 014, 015, 016, 021 et surement d’autres. Doit-on en déduire que cette "Havas C.0200 à multiples valeurs de
1930" était peu fiable ? Pas sûr, il faut nécessairement
corréler ces "pannes" à l’utilisation intensive de cette EMA par le
B.M., pannes qui pouvait aussi correspondre à de simples entretiens
immobilisant cette machine durant quelques jours.
Machine EMA dit de
remplacement immatriculée CW.013 sans bureau de rattachement
Sur cette "période EMA" de 1931 à 1941 le B.M. continuait de temps à autre à utiliser des timbres mobiles ou encore à compléter un affranchissement par timbres avec l’empreinte d’une EMA comme le montre les cartes ci-dessous. Cette pratique devait répondre à la nécessité d’utiliser des stocks de timbres ne correspondant plus à un tarif usuel comme pour ce 65 cts Paix (365) utilisé jusqu’en novembre 1938 à l’affranchissement de la lettre simple.
6 : Timbre mobile "annulé" par empreinte Havas
Carte affranchie par un 65 cts Paix (365 type I issu de feuille de 100 imprimée par rotative) avec complément par empreinte EMA à 15 cts pour appliquer le tarif du 1er décembre 1939 à 80 cts
7 : Timbre mobile "toujours de service" lors de la période EMA
Des timbres mobiles sont toujours utilisés sur CPI PI en parallèle de l'EMA C. 0200 principalement au tout début de la "période Havas" en 1931 mais aussi sur des périodes plus tardives comme le montre cette carte de 1939.
biblio (à compléter)
1) Les Empreintes de machine à affranchir de Laurent Bonnefoy et Luc Guillard.
2) Les
timbres de roulettes : (https://philatelie-roulette.blogspot.com/)
3) Spécialisé
France " Les Roulettes " P. Broutine et al
4) Catalogue
" Mariannes " 84/85 catalogue général
5) Les
Tarifs Postaux Français 1627-1969
6) Catalogue
des timbres de France seuls sur lettre 1849-1960 R. Baillargeat
7) Blog Semeuse 13 : https://semeuse.blogspot.com/
